Ce que les familles font vraiment avec l’allocation de rentrée
Le 18 août dernier a été versée l’allocation de rentrée scolaire (ARS), une aide financière destinée aux familles aux revenus modestes. Elle permet de faire face aux dépenses liées à la rentrée scolaire (fournitures, vêtements, matériel…).
Seulement voilà, comme tous les ans à cette période, et depuis presque 30 ans maintenant, on entend toujours les mêmes discours « ça leur sert à acheter des écrans plats », « pourquoi ils achètent du neuf s’ils n’ont pas d’argent », « 400 euros d’allocation c’est beaucoup trop pour acheter des cahiers »… et j’en passe, et pas des meilleurs croyez-moi.
Des soupçons ressurgissent chaque année au moment du versement, un phénomène qui rappelle que la consommation des ménages pauvres et modestes est examinée avec une attention particulière dès lors que les ressources mobilisées proviennent de la redistribution, donc de l'argent public
Emmaüs France
L’ARS est, dans tous les cas, utilisée pour les enfants : L'Observatoire Emmaüs des Budgets Contraints a récemment publié une nouvelle étude, menée auprès de vingt familles modestes accompagnées par SOS Familles Emmaüs : des données statistiques, une enquête qualitative et un plaidoyer en 8 mesures.
Il en ressort que les ménages qui touchent cette ARS ne sont pas toujours « pauvres » au sens statistique strict, mais vivent dans une zone de grande fragilité budgétaire : 61 % sont sous le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian, 92 % sous le seuil de vie décente. Ce sont majoritairement des personnes seules (52 %) et des familles monoparentales (28 %, à 85 % de mères), souvent en emploi précaire et locataires du parc social.
Voici ce que l’ARS permet vraiment :
- ✅ Oui, elle permet d’acheter du neuf (vêtements, chaussures), essentiellement pour que les enfants ne se sentent pas stigmatisés face à leurs camarades (alors que le reste de l'année beaucoup se tournent vers la seconde main)
- ✅ Oui, les enfants intériorisent la contrainte budgétaire : ils renoncent d'eux-mêmes à des activités (sport en club) ou limitent leurs demandes, pendant que ce sont surtout les mères qui absorbent les privations (alimentation, loisirs personnels).
- ✅ Oui, dans de très rares cas, l'ARS sert à combler un découvert bancaire, mais l'étude montre aussi que c'est le signe d'un budget déjà structurellement déséquilibré, pas d'un « détournement ».
- ❌ Non, 400 euros ce n’est pas trop pour qui connaît le coût de la vie et l’inflation de ces dernières années : prenons le simple exemple d’une calculatrice au collège qui vaut en moyenne 80 euros. Alors oui, certains vont répondre qu’elle sert pour toute la scolarité et ils ont raison car les familles vérifient d’abord si ce qu’elles ont leur suffit.
- ✅ Oui, les familles réalisent toutes un vrai travail de « gestion domestique » : tri et récupération des fournitures, comparaison des prix entre enseignes, listes précises, report de certains achats (agenda, calculatrice) pour vérifier leur nécessité. Le hic c’est la date des achats.
- ❌ Non, les familles modestes n’achètent au pire moment par choix : le vrai problème, c’est le calendrier ! Avec un versement tardif, les familles bénéficiaires achètent une fois les gammes intermédiaires épuisées, ce qui les force à payer plus cher ou à se rabattre sur du premier prix, qui ne tient pas dans la durée (souvent de mauvaise qualité).
Et oui, malgré tout ça, les soupçons reviennent, année après année. Trois propositions de loi ont tenté de conditionner l'ARS à l'assiduité scolaire ou au contrôle de son usage depuis 2022. Toutes les trois ont échoué. Peut-être parce qu'il n'y avait, au fond, rien à corriger.
Document complémentaire :
- Etude "À quoi sert l'allocation de rentrée scolaire ?" par l'Observatoire Emmaüs des Budgets Contraints